10 février, 2011

Jour 10 - Mais entre, voyons, je t'invite !

A nouveau 4 heures de bus aujourd'hui, entre Kratie et Kompong Cham. 

La route passe par l'une des villes ou je m'etais déja arretée a l'aller, et c'est la que je vois les progres de ouf que j'ai fait.
La premiere fois que j'étais passée a cet endroit, il y a moins d'une semaine, je me rappelle m'etre sentie completement isolee, pas du tout a ma place, je cherchais désespérément des visages occidentaux pour me rassurer, j'avais les chocottes de trop m'approcher des stands ou de trop m'éloigner du bus... Dans ma tete, en boucle ca disait : "qu'est-ce-que-je-fous-la-je-veux-remonter-dans-le-bus-qu'est-ce-que-je-fous-la-je-veux-remonter-dans-le-bus"
Cette fois-ci, en descendant du bus, j'ai juste pas compris : pourquoi elle flippait, la petite occidentale, deja ?
En fait, c'est simple. En arrivant au Cambodge, j'ai eu la meme impression que quand on arrive a une fete habille-e en noir alors que tout le monde est habillé en orange. Tu peux t'amuser, mais au fond tu penses que tous les autres te regardent un peu en biais, que d'ailleurs on ne voit que toi, et que tu peux raser les murs tant que tu veux tu ne pourras jamais passer inapercu-e. Dans ces conditions, tu cherches ceux qui se sont aussi trompé de couleur pour te rassurer un peu et parce qu'a plusieurs on est plus forts. 
Mais depuis quelques jours j'ai inconsciemment compris un truc : j'ai été invitée comme les autres. Le videur ne m'a pas téj' a l'entrée. C'est vrai que ma robe est différente, mais c'est ca qui est bon, et surtout en dessous on est tous pareil. Donc j'ai tout a fait le droit de profiter a fond de la fiesta. D'autant plus qu'ils sont tres ouverts d'esprit, les autres invités, et que ca les intéresse tout autant que moi de savoir mais ou est-ce qu'on a bien pu trouver une robe noire/orange pareille et qu'est-ce qu'on mets dans les poches et pourquoi. Concretement, au Cambodge, ca veut dire que quand je suis la seule occidentale dans un bus, je m'en fouts. Que si des Allemands débarquent je me dit "pff, ces touristes...", que je suis capable de faire 200m toute seule dans la rue avec mon sac a dos enorme sans passer par le tuk-tuk, que j'ai le droit d'aller manger dans des restaurants ou on ne parle pas un mot d'anglais, que je peux sortir mon appareil photo des que j'en ai envie et que je peux prendre un velo et aller me balader sans guide (bien qu'en restant prudente, toujours..). Et ca fait du bien.

Arrivée a Kompong Cham a 12h00. Le temps de manger un morceau et je decide de louer un velo, sans guide, pour aller voir deux collines avec des temples, celle des femmes et celle des hommes (il y a une légende la-dessus, je vous raconterai, ce sont les femmes qui gagnent). C'est a 8 km mais le gars de la location me dit trop easy, baby. Et en fait c'est un peu long, quand meme, 8 km (surtout qu'il y a le retour, aussi). Mais bref, je débarque la-bas, et a peine ai-je garé mon velo qu'un jeune homme me dit "hello" depuis une maison-temple, et juste derriere lui il y a un moine a lunettes. Il me disent, "hey, want to drink, green tea ?". D'une facon générale, quand une phrase commence par "want to drink", ma réponse est "yes", donc j'accepte. Je me déchausse pour entrer dans la maison-temple, et je m'assoie sur une natte dans un coin avec le moine et le garcon. On est bien la, le thé vert coule a flot, on baragouine en anglais, on goute un fruit bizarre (comme une patate mais en forme d'oignon, et qui s'épluche avec les doigts), le garcon pratique son anglais, je fais ce que je peux pour apprendre le khmer, et bientot ca fait 2 heures que je suis la...

Parfois je me demande si je vais réussir a etre blasée, ne serait-ce que 5 mn, pendant ce voyage.


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